Six écluses mayennaises où l’histoire coule avec l’eau
12 octobre 2026 · La rédaction de Sortir en Pays de la Loire · Mayenne
En Mayenne, les écluses ne sont pas de simples sas de navigation : ce sont des seuils où se croisent des siècles d’ingénierie, des moulins disparus et des paysages qui changent au rythme des portes qui s’ouvrent. Voici six d’entre elles, choisies pour ce qu’elles racontent du fleuve et de ceux qui l’ont dompté.
1. Écluse de Boisseau
À Saint-Jean-sur-Mayenne, l’écluse de Boisseau est la plus discrète du lot, presque cachée par les peupliers. Ce qui la distingue, c’est son projet de 1846, signé de la main de l’ingénieur ordinaire : un dessin précis où chaque pierre compte pour dompter la haute Mayenne, réputée capricieuse. On devine encore, sous les herbes, les traces du moulin de la rive gauche, seul témoin d’une chaussée du XVe siècle.
2. Écluse de Port Rhingeard
À Entrammes, Port Rhingeard surprend par sa simplicité. Ici, pas de double moulin, mais une chaussée unique attestée dès 1446, remplacée au XIXe siècle sans même déplacer le barrage. Le lieu a gardé son nom médiéval, et l’écluse actuelle semble posée là comme un clin d’œil : elle fonctionne toujours au même endroit, avec les mêmes pierres, comme si le temps avait glissé sur elle.
3. Écluse de La Roche du Maine
La Roche-Neuville abrite deux écluses, mais celle de la Roche du Maine se remarque par son moulin double, un rare équilibre entre les deux rives. La chaussée du XIVe siècle, renforcée d’une porte marinière après 1537, a laissé place à un barrage où l’eau s’engouffre avec une régularité presque solennelle. Le site, moins fréquenté que son voisin de Neuville, offre une vue dégagée sur les méandres de la Mayenne.
4. Écluse « La Bavouze »
À Ménil, l’écluse de la Bavouze porte un nom qui sonne comme un secret. Les deux moulins qu’elle commandait – la Petite et la Grande Bavouze – ont disparu, mais leur souvenir persiste dans la topographie des lieux. La porte marinière, ajoutée après le Moyen Âge, a marqué un tournant : pour la première fois, les bateaux pouvaient franchir la chaussée sans décharger. Aujourd’hui, le site respire la quiétude, avec ses berges ombragées et son barrage qui murmure.
5. Écluse de Neuville
Toujours à La Roche-Neuville, l’écluse de Neuville se distingue par son ancrage historique : elle figure sur la carte de Jaillot de 1706, bien avant les grands travaux du XIXe siècle. Les deux moulins qu’elle alimentait – un sur chaque rive – ont laissé des traces dans les archives, et le barrage actuel, plus large que les autres, rappelle l’ambition des ingénieurs de l’époque. C’est l’une des rares écluses où l’on perçoit encore l’ampleur du chantier.
6. Écluse d’Avesnières
À Laval, l’écluse d’Avesnières clôt ce parcours par son emplacement urbain et son passé médiéval. La chaussée du XIIe siècle, l’une des plus anciennes de la liste, commandait deux moulins – celui du Verger et celui de Chantelou – avant d’être dotée d’une porte marinière en 1537. Aujourd’hui, l’écluse, intégrée au paysage lavallois, offre un contraste saisissant : entre les immeubles et les berges, elle reste un morceau d’histoire fluviale, presque intact.